⌂ Accueil 📋 Examens ⚐ Méthodologie

Sujet 2 — Antigone

L'affrontement
Créon-Antigone

Sujet-type · 1ère Année Bac · Toutes filières · Énoncé & corrigé intégral

Le cœur de la pièce : le face-à-face entre l'oncle qui veut sauver sa nièce et la jeune fille qui choisit de mourir pour rester elle-même.

📖

Le texte

Extrait : Antigone, scène centrale de la confrontation entre Créon et Antigone. Créon vient d'apprendre que sa nièce a tenté d'enterrer son frère Polynice, malgré l'interdit royal.

CRÉON. — Tu es folle. Tais-toi.

ANTIGONE. — Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

CRÉON. — Le mien et le tien, idiote !

ANTIGONE. — Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, — et que ce soit entier — ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite — ou mourir.

CRÉON. — Tu as bien commencé déjà. Tu as toujours été une petite fille butée. Tout à l'heure, quand je t'aurai fait taire, qu'est-ce que tu crois qu'ils feront tous autour de moi ? Ils diront que tu es ma nièce, qu'on ne peut tout de même pas faire mourir la fiancée de Hémon. Mais je le ferai tout de même.

ANTIGONE. — Vous voyez bien. Vous le ferez. Et vous croyez que je vivrai après cela, moi votre nièce, la fiancée de votre fils ? Vous croyez que je leur dirai « merci » et que j'irai me marier avec Hémon comme si de rien n'était ? Non ! Je dirai non à tout ce que je n'aime pas et je serai juge !

Jean Anouilh, Antigone, 1944 (extrait remanié de la confrontation centrale)

📝

I. Étude de texte — Énoncé (10 pts)

Lis le texte attentivement, puis réponds aux questions sur ta copie. Travaille en autonomie complète avant de regarder le corrigé.

Question 1 (1 pt)

Complète le tableau suivant après l'avoir reproduit sur ta copie :

Auteur · Titre · Genre · Date de création

Question 2 (1 pt)

Pour situer ce passage, choisis la bonne réponse :

a- Avant qu'Antigone ne tente d'enterrer Polynice.
b- Pendant qu'Antigone enterre Polynice.
c- Après qu'Antigone a été arrêtée par les gardes.

Question 3 (1 pt)

Quel est le rapport de force entre les deux personnages au début de la scène ? Justifie ta réponse en une phrase.

Question 4 (1,5 pt)

a. Quelle conception du bonheur Antigone refuse-t-elle ?

b. Quelle est sa propre exigence ?

Question 5 (1 pt)

Relève dans le texte quatre mots ou expressions appartenant au champ lexical du refus.

Question 6 (1 pt)

« On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. »

Quelle figure de style reconnais-tu dans cette phrase ? Quel en est l'effet ?

Question 7 (1 pt)

Quelle est la tonalité dominante de cet extrait ?

a- Comique   b- Tragique   c- Lyrique   d- Pathétique

Justifie ton choix.

Question 8 (1 pt)

Transforme la phrase suivante au discours indirect :

« Créon dit à Antigone : ʺTu es folle. Tais-toi.ʺ »

Question 9 (1 pt)

Approuves-tu le choix d'Antigone de mourir plutôt que de se taire ? Justifie ta réponse en deux lignes maximum.

Question 10 (0,5 pt)

Que penses-tu de l'attitude de Créon, qui veut sauver Antigone malgré tout ? Justifie en une phrase.

📝

II. Production écrite — Sujet (10 pts)

Antigone refuse d'obéir à la loi de Créon, parce qu'elle suit la voix de sa conscience. Elle préfère mourir plutôt que de trahir ses principes.

Penses-tu qu'il faut toujours obéir aux lois, ou bien qu'il y a des cas où la conscience individuelle doit primer ?

Rédige un texte argumenté d'une quinzaine de lignes en t'appuyant sur des exemples précis (historiques, littéraires, ou tirés de ton expérience).

Avant de regarder le corrigé : arrête-toi ici, prends une feuille, et compose ta production écrite. C'est la pratique régulière qui forme le rédacteur — pas la lecture passive de modèles.

III. Corrigé — Étude de texte

N'ouvre cette section qu'après avoir composé tes propres réponses.

Q1 — Identification de l'œuvre

Auteur

Jean Anouilh (1910-1987)

Titre

Antigone

Genre

Tragédie moderne (réécriture du mythe grec de Sophocle)

Date de création

1944 (sous l'Occupation allemande)

Q2 — Situer le passage

Réponse : c — Après qu'Antigone a été arrêtée par les gardes.

Justification : Antigone a déjà été surprise par les gardes en train de recouvrir le corps de son frère. Créon la fait amener au palais et tente une dernière fois de la convaincre de se taire pour la sauver.

Q3 — Le rapport de force

Au début, Créon semble en position de force : il est roi, Antigone n'est qu'une jeune fille, sa nièce, et il a le pouvoir de la condamner. Il commence par essayer de la réduire au silence : « Tu es folle. Tais-toi. » Mais très vite, Antigone renverse le rapport par la force de ses arguments : c'est elle qui « lit dans ses yeux », c'est elle qui dénonce ses motivations cachées, c'est elle qui se présente comme « juge ». La supériorité morale appartient à Antigone, même si la supériorité politique reste à Créon.

Q4 — La conception du bonheur chez Antigone

a. Elle refuse le bonheur des compromis, des « petites chances pour tous les jours », des concessions. Pour elle, ce bonheur est celui des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent — autrement dit, un bonheur médiocre, indigne, sans grandeur.

b. Elle veut « tout, tout de suite, et que ce soit entier ». Elle exige la totalité ou rien : un bonheur absolu, comme celui de l'enfance, ou la mort. C'est une posture de l'absolu, caractéristique de l'héroïne tragique.

Q5 — Champ lexical du refus

  • « je refuse »
  • « Je ne veux pas être modeste »
  • « Non ! »
  • « je dirai non à tout ce que je n'aime pas »

D'autres possibilités : « ou mourir », « me dégoûtez », « tais-toi » (de Créon).

Q6 — Figure de style

Réponse : il s'agit d'une comparaison (l'outil de comparaison « on dirait » introduit l'image des chiens). Cette comparaison est péjorative : elle rabaisse les humains au rang d'animaux serviles. Antigone exprime ainsi son mépris pour ceux qui se contentent des miettes du bonheur.

Q7 — La tonalité

Réponse : b — Tragique. Le destin de l'héroïne est scellé : elle a choisi la mort plutôt que la soumission. Le langage est solennel, l'opposition entre les deux personnages est irréductible, et la mort plane sur toute la scène. Tous les marqueurs du tragique sont présents : conflit insoluble, héroïne face à un pouvoir supérieur, issue fatale annoncée.

Q8 — Discours rapporté

Créon dit à Antigone qu'elle est folle et lui ordonne de se taire.

Transformations : ajout de « que » ; passage de la 2e personne (« tu ») à la 3e personne (« elle ») ; transformation de l'impératif (« tais-toi ») en infinitif introduit par « de » (« de se taire »).

Q9 — Opinion personnelle (1)

Exemple de réponse : Oui, j'approuve son choix, car renoncer à ses convictions pour sauver sa vie reviendrait à se trahir soi-même : Antigone préfère mourir debout plutôt que de vivre à genoux. Cependant, on peut aussi penser qu'elle aurait pu trouver d'autres formes de résistance moins définitives que la mort.

Q10 — Opinion personnelle (2)

Exemple de réponse : Créon n'est pas un tyran sans cœur : il aime sa nièce et tente vraiment de la sauver. Son drame est celui d'un homme tiraillé entre son devoir d'État et son affection familiale. Cela le rend humain et complexe, et non purement méchant.

IV. Corrigé — Production écrite

Le personnage d'Antigone, dans la pièce de Jean Anouilh, pose une question qui traverse l'histoire de l'humanité : faut-il obéir aux lois injustes, ou bien suivre sa conscience même au prix de sa vie ? Pour ma part, je pense qu'il existe des cas où la conscience individuelle doit primer sur la loi, et je vais expliquer pourquoi.

Certes, l'obéissance aux lois est nécessaire à la vie en société. Sans règles communes, ce serait le chaos : chacun ferait ce qu'il veut, les forts écraseraient les faibles, et la justice n'existerait plus. La loi protège les citoyens, organise le vivre-ensemble, et incarne la volonté collective. Désobéir par caprice, parce qu'une règle ne nous arrange pas, c'est se mettre au-dessus de la communauté.

Cependant, l'histoire nous enseigne que toutes les lois ne sont pas justes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les lois antisémites du régime nazi ordonnaient de dénoncer les Juifs. Ceux qu'on appelle aujourd'hui les Justes parmi les nations ont désobéi à ces lois pour cacher des familles entières. Plus près de nous, Rosa Parks, en refusant de céder sa place dans un bus à un Blanc en 1955, a violé la loi américaine de la ségrégation — et son geste a contribué à transformer l'Amérique. Ces désobéissances n'ont pas été des caprices, mais des actes de conscience.

C'est exactement ce que fait Antigone : elle ne désobéit pas par orgueil, mais parce que la loi de Créon contredit la loi morale supérieure qui exige qu'un frère soit enterré dignement. Elle illustre cette vérité essentielle : une loi qui viole la dignité humaine cesse d'être légitime.

En conclusion, l'obéissance aux lois doit rester la règle générale, mais il existe des moments où la conscience individuelle a le devoir de résister. Comme l'écrivait Henry David Thoreau, « la désobéissance civile » est parfois le dernier recours du citoyen libre. Antigone, dans sa fragilité même, nous rappelle que la grandeur de l'homme tient à sa capacité de dire non.

≈ 320 mots

Conseils du correcteur

Sur l'étude de texte

Antigone est une œuvre théâtrale : pense à mentionner les didascalies, les répliques, le dialogue, et non « le narrateur ».

• Pour la confrontation, utilise le vocabulaire du conflit : affrontement, opposition, antithèse, duel verbal.

• Mémorise la tonalité tragique : c'est le registre dominant de toute la pièce.

Sur la production écrite

• Le sujet « obéir / désobéir » est un classique sur Antigone. Prépare 2-3 exemples historiques solides : Rosa Parks, Mandela, les Justes, Gandhi.

• Utilise un plan dialectique (thèse / antithèse / synthèse) — il convient parfaitement à ce type de question.

Cite l'œuvre dans la conclusion : c'est une preuve de culture littéraire qui rapporte des points.