Sujet 3 — Le Dernier Jour d'un Condamné
Le chapitre XLIII : la rencontre déchirante du condamné avec sa petite fille de trois ans, qui ne le reconnaît plus.
Extrait du chapitre XLIII : à quelques heures de son exécution, le condamné demande à voir une dernière fois sa petite fille Marie, qu'il n'a pas vue depuis longtemps.
Elle est entrée. Ah ! la jolie petite fille !
Ses bons yeux bleus, ses longs cheveux blonds dans le soleil, son cou rose, ses joues fraîches, sa robe blanche et plissée, c'était à voir et à adorer.
Elle s'est avancée vers moi, étonnée. Elle ne m'a pas reconnu. Elle a porté la main à ses yeux, et m'a salué.
Je suis resté immobile, attendant qu'elle se jetât dans mes bras. Elle ne venait pas. Je l'appelai : « Marie ! Marie ! »
Elle a fait un pas timidement, et a regardé sa nourrice.
— Qu'est-ce que c'est que cette dame ? a-t-elle dit.
— C'est ton père, mon enfant.
— Ah ! a-t-elle dit en sautillant et en remuant la tête, et en faisant pirouetter sa poupée. Ce n'est pas mon papa.
Je l'ai embrassée alors avec emportement.
— Marie, sais-tu lire ?
— Oui, a-t-elle répondu, je sais bien lire. Maman me fait lire mes lettres.
— Voyons, lis un peu, lui dis-je en lui montrant un papier qu'elle tenait dans une de ses petites mains chiffonnées.
C'était un faire-part de la mort d'une de ses tantes. Triste papier pour de telles mains !
Elle s'est mise à lire péniblement, à haute voix : « ARR – ÊT — DE — MORT… »
Je lui ai arraché le papier des mains. C'était mon arrêt de mort qu'elle me lisait ! Sa nourrice avait eu le journal pour quelques sous.
Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un Condamné, 1829, ch. XLIII (extrait)
Lis le texte attentivement, puis réponds aux questions sur ta copie. Travaille seul avant de regarder le corrigé.
Complète le tableau suivant après l'avoir reproduit sur ta copie :
Auteur · Titre · Genre · Date de publication
D'après ta connaissance de l'œuvre, à quel moment se situe ce passage ?
a- Au début de l'incarcération du condamné.
b- Pendant le procès.
c- Quelques heures avant l'exécution.
Relève dans le texte quatre éléments du portrait physique de Marie.
Pourquoi la rencontre tourne-t-elle au drame ? Justifie ta réponse en citant le texte.
Relève dans le texte trois mots ou expressions appartenant au champ lexical de la douceur enfantine.
« Triste papier pour de telles mains ! »
Quelle figure de style reconnais-tu dans cette phrase ? Quel en est l'effet ?
Quelle est la tonalité dominante de cet extrait ?
a- Comique b- Lyrique c- Pathétique d- Polémique
Justifie ton choix.
Transforme la phrase suivante au discours indirect :
« La nourrice dit à Marie : ʺC'est ton père, mon enfant.ʺ »
Pourquoi Hugo a-t-il choisi de raconter cette scène ? Quel est son but ?
Cette scène t'a-t-elle ému(e) ? Pourquoi ? Justifie ta réponse en deux lignes maximum.
Victor Hugo a écrit Le Dernier Jour d'un Condamné en 1829 pour défendre l'abolition de la peine de mort. Cette peine existe encore aujourd'hui dans plusieurs pays du monde.
Penses-tu que la peine de mort doit être abolie partout, ou bien qu'elle est parfois nécessaire pour les crimes les plus graves ?
Rédige un texte argumenté d'une quinzaine de lignes en t'appuyant sur des arguments précis et des exemples concrets.
Avant de regarder le corrigé : arrête-toi ici, prends une feuille, et compose ta production écrite. Réfléchis à 2 ou 3 arguments solides et à au moins un exemple concret avant de commencer à rédiger.
N'ouvre cette section qu'après avoir composé tes propres réponses.
Victor Hugo (1802-1885)
Le Dernier Jour d'un Condamné
Roman à thèse (ou journal intime fictif)
1829
Réponse : c — Quelques heures avant l'exécution.
Justification : Le narrateur a obtenu, comme dernière faveur, de revoir sa fille avant de monter sur l'échafaud. Cette scène se déroule à la Conciergerie, le matin même de l'exécution.
Ce portrait idéalisé, où dominent les couleurs claires (bleu, blond, rose, blanc), souligne la pureté et l'innocence de l'enfant — par opposition à l'horreur du destin de son père.
La rencontre tourne au drame parce que Marie ne reconnaît pas son père. Elle l'appelle « cette dame » (ce qui est même cruellement comique), puis affirme : « Ce n'est pas mon papa. » Pour le condamné, qui pensait trouver dans cet ultime moment une consolation, c'est une double mort : il va perdre sa vie, mais il a déjà perdu sa fille, qui l'a oublié. Sa paternité est annihilée avant même son exécution physique.
Réponse : il s'agit d'une antithèse (ou opposition). Le narrateur met en regard deux réalités contraires : « triste papier » (l'arrêt de mort, sombre, terrifiant) et « telles mains » (les mains pures et innocentes d'un enfant). Cette opposition amplifie l'effet pathétique : l'innocence enfantine touche la mort la plus brutale.
Réponse : c — Pathétique. La scène est conçue pour susciter l'émotion, la pitié, et même les larmes du lecteur. Les éléments du pathétique sont nombreux : un enfant innocent, un père condamné, une non-reconnaissance déchirante, une chute terrible (l'enfant qui lit l'arrêt de mort de son père). Hugo utilise cette tonalité pour faire ressentir au lecteur l'horreur de la peine de mort — c'est l'objectif politique du roman.
→ La nourrice dit à Marie que c'était son père.
Transformations : ajout de « que » ; changement du temps (présent → imparfait, concordance des temps) ; passage de « ton » à « son » (3e personne) ; suppression de l'apostrophe « mon enfant ».
Hugo écrit ce roman en 1829 pour plaider contre la peine de mort. Il choisit cette scène déchirante pour toucher le cœur du lecteur et lui faire comprendre que la peine capitale ne tue pas seulement un coupable : elle tue aussi un père, brise une famille, et marque pour toujours une enfant innocente. L'argument émotionnel est plus puissant qu'un long discours abstrait. C'est l'art du roman à thèse : convaincre par le pathétique, là où la raison ne suffit pas.
Exemple de réponse : Oui, cette scène m'a profondément ému, parce que Hugo réussit à condenser en quelques lignes toute la tragédie d'un homme : celui qui croyait revoir une dernière fois sa fille découvre qu'il a été oublié. Le détail de l'enfant qui lit innocemment l'arrêt de mort de son propre père est une trouvaille terrible, qui transforme l'innocence en bourreau involontaire. C'est une démonstration plus efficace que tous les arguments politiques contre la peine de mort.
La peine de mort est l'une des questions morales les plus anciennes et les plus difficiles. Près de deux siècles après la publication du roman de Victor Hugo, elle continue d'être pratiquée dans de nombreux pays — États-Unis, Chine, Iran, Arabie saoudite — alors qu'elle a été abolie au Maroc dans les faits depuis 1993. Je pense personnellement qu'il faut l'abolir partout, et je vais expliquer pourquoi.
Certains affirment que la peine de mort est nécessaire pour les crimes les plus graves — terrorisme, meurtre d'enfant, génocide. Selon eux, elle dissuaderait les criminels par la peur, elle rendrait justice aux victimes, et elle protégerait la société en supprimant définitivement les individus dangereux. C'est une logique d'élimination, qu'on retrouve dans la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ».
Mais ces arguments ne résistent pas à l'analyse. Premièrement, aucune étude sérieuse n'a jamais prouvé que la peine de mort dissuade les criminels : les pays qui l'appliquent ne connaissent pas moins de meurtres que ceux qui l'ont abolie. Deuxièmement, la justice peut se tromper : combien d'innocents ont été exécutés, puis innocentés post-mortem grâce à de nouvelles preuves ? Aux États-Unis, plus de 180 condamnés à mort ont été innocentés depuis 1973. Une erreur judiciaire est rattrapable, une exécution ne l'est pas.
Enfin, et c'est l'argument le plus puissant chez Hugo, la peine de mort ne tue pas seulement un coupable. Elle tue aussi un fils, un mari, un père. Elle brise des familles. La scène où la petite Marie ne reconnaît plus son père, dans Le Dernier Jour d'un Condamné, montre que la peine de mort est une violence qui se prolonge sur les innocents.
En conclusion, la peine de mort est une réponse barbare à la barbarie. Comme l'écrivait Camus, « l'homme n'est pas innocent et il n'est pas coupable. Comment sortir de là ? La seule chose qu'on peut faire, c'est essayer de comprendre. » L'abolition est le signe d'une civilisation qui a cessé de croire à la vengeance comme forme de justice.
≈ 340 mots
• Le Dernier Jour d'un Condamné est un journal intime fictif : utilise le vocabulaire du narrateur, monologue intérieur, je narratif.
• La tonalité pathétique est dominante dans presque toute l'œuvre — c'est une œuvre de plaidoyer.
• Identifie toujours la visée argumentative : Hugo écrit pour convaincre, pas seulement pour raconter.
• Le sujet de la peine de mort revient souvent. Prépare 2-3 arguments solides : le risque d'erreur judiciaire, l'absence de dissuasion prouvée, le mal causé aux familles innocentes.
• Cite l'œuvre dans ton développement ou ta conclusion : « comme le montre Hugo dans son roman… »
• Pour les filières scientifiques : tu peux mentionner les statistiques et la science (études criminologiques sur la dissuasion).